Communication

Enseigner la politesse aux enfants ?

La politesse, c’est une manière de bien fonctionner en société, elle est donc purement culturelle. Chaque société a ainsi ses propres règles.

Elle revêt plus ou moins d’importance selon les familles.

Plus les personnes ont le souci d’être bien vues socialement, de renvoyer une bonne image d’elles-mêmes ou de l’éducation qu’elles donnent à leurs enfants, plus les règles de politesse seront importantes et strictes.

Alfie Kohn, un conférencier et auteur américain, connu pour ses travaux de recherche sur la parentalité et les schémas traditionnels d’éducation exprime ceci :

« A force d’insister sur les formules de politesse toutes faites sans y mettre du sens, on en viendrait presque à croire que les relations humaines ne consistent qu’à faire semblant et que les normes culturelles sont plus importantes que les relations humaines. »

Alfie Kohn

L’obéissance de politesse stricte entraîne la désobéissance

Tout faire pour qu’un enfant obéisse a un prix : Une fois le dos tourné, l’enfant ne se préoccupe absolument pas de respecter ce qui compte pour son parent, puisque celui-ci n’est plus là pour lui rappeler. Il agira avec une motivation extérieure à lui : celle de tout faire pour éviter les remontrances ou les punitions.

Donc les valeurs qui se trouvent derrière la politesse ne seront pas vécues intérieurement par l’enfant. L’enfant dit bonjour parce qu’on lui a dit de dire bonjour. Lorsque je travaillais dans un collège sensible de la banlieue toulousaine, la CPE rappelait parfois aux enfants de dire bonjour sur un ton très énervé, ils s’exécutaient, et par derrière, se moquaient voire l’insultaient.

Est-ce une manière efficace de transmettre nos valeurs ? Pas vraiment.

Prévenir et communiquer

Voici une petite anecdote personnelle.

Je devais avoir 8 ou 9 ans quand je rentrais à vélo chez moi, mon beau-père vivait alors chez sa mère qui était notre voisine. En passant, ils étaient là tous les 2 et j’ai dit de vive voix « salut ! » à cette dame que je croisais plutôt souvent. J’ai ensuite eu droit à une engueulade de la part de mon beau-père car j’avais dit « salut » et pas « bonjour ! ». Cela n’avait aucun sens pour moi car le cœur et la spontanéité y étaient et c’est cela qui comptait à mes yeux. Cela m’avait également mis du doute : est-ce que dire « salut » est impoli ? Me suis-je mal comportée ?

Voilà ma spontanéité qui avait été reléguée au placard. Finalement, ce que j’en avais conclu, c’est qu’il valait mieux en dire moins en face de lui.

A la limite, voilà ce que j’aurais aimé entendre :

« Bastienne, je suis mécontent quand je t’entends dire « salut » à ma mère qui commence à être âgée car je veux m’assurer qu’elle le prend bien comme de la politesse et non comme un affront et donc de l’impolitesse ; je vais aller m’assurer auprès d’elle sur comment elle l’a pris, veux-tu venir avec moi car j’aimerais que tu entendes aussi ce qu’elle a à dire? ».

Mais bon, comme beaucoup de familles, celle-ci non plus ne savait pas communiquer.

Cela aurait été encore mieux que je sois prévenue avant sur l’importance du « bonjour » par rapport au « salut »!

Les règles de politesse spécifiques à chaque famille ne sont pas une évidence. C’est quelque chose qui s’apprend. L’enfant n’est pas censé le deviner, surtout dans la subtilité des mots.

Donnons aux enfants le temps d’apprendre et le droit à l’erreur.

Avant 3 ans, nul besoin d’inculquer des règles de politesse, son cerveau n’est pas mature pour les retenir.

Un enfant commence à acquérir les règles vers 3 ans et ce pendant plusieurs années. D’où le fait que l’on doive souvent les répéter 🙂

Montrer l’exemple 

Laisser l’enfant apprendre la politesse à son rythme fait que l’on peut être confrontés à devoir assumer l’impolitesse de notre bambin aux yeux des autres et passer pour quelqu’un qui ne « tient pas son enfant ».

De plus, sur le moment, on n’a aucune garantie que ces mots sortiront de sa bouche spontanément un jour.

Cependant, quand j’entendais mon fils d’1 an et demi me dire merci quand on lui donnait un objet, alors, je n’ai pas été inquiète pour la suite, je savais que le mimétisme fonctionnait et fonctionnerait encore plus tard.

Je me suis juste concentrée sur le fait de montrer l’exemple moi-même : dire moi-même merci si l’on m’offre quelque chose ou si quelqu’un offre un objet à mon enfant, dire bonjour, au revoir, etc.

Prendre soin de l’interlocuteur

L’image de soi renvoyée dans une formule de politesse vient cacher et nourrir des besoins comme « être accepté socialement », « prendre soin de l’autre », « être aimé »… Ce n’est ni bien ni mal ; la question est plutôt de savoir comment composer avec le rythme de l’enfant et ces autres besoins.

Les « stp, bonjour, merci » sont des mots « coton » qui font du bien aux gens qui aiment les entendre, comme le souligne Alfie Kohn. Les dire peut renforcer le lien et la chaleur humaine, et là, ils prennent tout leur sens.

Personnellement, en tant qu’adulte, il m’est arrivé plusieurs fois de dire bonjour à des enfants entre 6 et 9 ans et de ne recevoir aucune réponse. Je suis partagée dans mon vécu : d’un côté, cet être est libre, je lui tends une perche, il ne la prend pas, libre à lui et c’est ok. D’un autre, je me prends « un vent », j’avais envie d’entrer en lien et ça a pincé mon cœur que l’autre en face ne réponde rien.

Donc, au vu de ce vécu, aujourd’hui en tant que parent, il m’est important que l’interlocuteur ait une réponse, peu importe la forme ni qui lui montre du moment qu’on lui signifie qu’il a été vu et entendu (dans son bonjour, son cadeau etc).

1/ En amont de la rencontre, je re-dis à mon enfant les règles de politesse qui sont importantes pour moi.

2/ Si mon enfant s’est exprimé discrètement, je fais remarquer à l’adulte qu’il a répondu à sa manière, par un regard, un petit sourire, un petit signe de la main…

3/ Je propose à mon enfant de dire bonjour et/ou merci s’il ne dit rien spontanément car je souhaite faire remarquer à la personne en face que je l’ai remarqué et que je la considère.

4/ S’il ne veut pas, je n’insiste pas. Pour autant, je n’en profite pas pour lui coller une étiquette au passage du style « il est timide, c’est pour ça », j’aime (parfois) faire remarquer à l’adulte qui est en attente ou qui lui donne cette étiquette que c’est impressionnant pour tout le monde de rencontrer une ou plusieurs personnes pour la première fois.

Les règles de politesse passent souvent avant d’écouter profondément ce que l’on ressent. A force de masques sociaux, nous pouvons parfois oublier, en tant qu’adultes, combien il peut être intimidant de se retrouver face à un inconnu, ou gênant de ne pas savoir comment entrer en contact.

Le piège du mot magique

Il s’agit du fameux « s’il te plaît ».
C’est important pour le parent que l’enfant dise ce mot avant d’être servi pour une quelconque requête, souvent à table.

L’enfant apprend qu’il faut dire STP car c’est important pour le parent. Pourquoi pas ?! Je ne suis pas spécialement pour ou contre cela. Je tiens juste à mettre mon attention sur les petites dérives qu’il entraîne.

Ce mot ressemble très souvent (de ce que j’ai observé) à un chantage au mot : « je te donne ceci à condition que tu me dises STP« .

L’explication est parfois donnée, et parfois non. Il ne sait pas pourquoi, à part le fait que c’est la règle, et point. Donc l’élan qu’il a à dire bonjour est plus pour faire plaisir aux parents que par réelle compréhension de la motivation du parent.

Lors d’une fête familiale, une dame s’apprêtait à servir mon fils de presque 4 ans qui me réclamait de la nourriture. Elle l’interpela en lui disant : « et le mot magique !?»

Lui qui n’avait jamais entendu ce terme, ne risquait pas de le lui dire, le mot magique !!

Voilà ce que je lui ai répondu, avec un peu moins de détails :

« Lui servir à manger ne dépendra jamais d’un « stp » pour moi, ce qui m’importe, c’est le ton sur lequel il le dit. S’il est exigeant, il sait que j’aurais certainement moins d’élan à le servir. Mais si c’est important pour vous qu’il le dise absolument, vous êtes libre de ne pas le servir».

Je préfère ainsi mettre mon attention sur l’apprentissage des demandes et des exigences.
Qu’il sache qu’être exigent donne en général un résultat inverse que celui souhaité.

Ainsi, un « STP » plein de mépris et d’indifférence est pour moi tout aussi rédhibitoire qu’une exigence. J’émets une nuance avec la nourriture qui n’a, selon moi, pas à se négocier avec des règles de politesse car elle fait partie du soin et de la protection qu’un parent doit à son enfant !

Si mon enfant m’exige quelque chose, et qu’il n’y a pas d’urgence vitale, je tiens à ce qu’il sache que son ton ne me donne pas envie de le servir là tout de suite, ou bien que je suis dans l’impossibilité de le servir car je fais autre chose.

Le piège du mot magique, c’est que l’enfant pourra être dans l’exigence quand-même (même avec son petit air charmeur) pour arriver à son résultat. Comme celui-ci ne dépend que de la forme du langage « stp », il peut être dit avec un ton dénué de respect, il aura quand-même ce qu’il veut.

Si tu veux en savoir plus sur la distinction entre la demande et de l’exigence et ce qu’implique le choix de chacun, je t’invite à lire cet article.

S’excuser

S’excuser fait également partie des règles de politesse, avec les mots comme « pardon », « excuse-moi ».

Lorsque je gérais des conflits toute la journée au sein du collège, les CPE demandaient aux jeunes de s’excuser. Et hop, ensuite c’était (presque) fini. Mais leur conflit n’était en réalité pas terminé car ils préparaient leur vengeance ou gardaient de la rancune, de la peur ou de la peine.

Demander à un enfant de s’excuser est une étape que je trouve délicate car elle induit qu’il a fait quelque de mal et cela peut générer chez lui une attitude de repli et de protection.

Pour avoir œuvré dans la justice restaurative (pratiques au sein d’associations, de groupes, et au collège), je trouve important d’aller plus loin que de simples excuses dites à la volée.

Si l’enfant a blessé quelqu’un, généralement, voilà généralement les questionnements de l’adulte :

  • Qui a commencé ? Qui est le « coupable » ?
  • Quelle doit être la sanction à déployer ?

Aller vers une approche réparatrice de résolution des conflits et des blessures relationnelles apporte un questionnement différent :

  • Qu’est-ce qui s’est passé ?
  • Comment chacun s’est senti et se sent maintenant ?
  • Comment a pu se sentir l’autre personne (invitation à se mettre à la place de l’autre)?
  • De quoi ont-elles besoin ?
  • Que peut-on faire maintenant pour réparer cela ?

On écoute donc l’enfant sur son ressenti, une fois qu’il est pleinement entendu, on peut le faire aller sur la colline de l’autre pour qu’il entende ce que ça lui a fait. Avant 6-7 ans, dans mon expérience, ce n’est pas évident. Ou bien il y a besoin de donner du temps pour bien accueillir l’émotionnel d’abord. C’est néanmoins une étape primordiale avant de le faire s’excuser auprès de l’autre, sinon, son « pardon » sera vide de sens ou rempli de culpabilité et de honte. Ce qui est intéressant, c’est aussi que l’enfant (ou l’auteur d’un acte qui a blessé) soit inclus dans la recherche de solutions.
Même quand il s’agit de « petites choses » qui peuvent sembler anodines, c’est de la « matière » pour expérimenter autre chose pour l’enfant, et pour nous qui l’accompagnons. Car on a besoin de s’entraîner pour créer une culture de paix ! Pas besoin de se retrouver au tribunal pour tenter autre chose 🙂

S’excuser est pour tout le monde quelque chose qui peut être difficile et douloureux car on réalise émotionnellement (avec empathie) que notre action a eu des conséquences sur l’autre. A mon sens, c’est cela « prendre la responsabilité de ses actes », c’est l’habilité à répondre ou « Response Hability ».

Il est ainsi 1000 fois plus doux dans mon cœur de recevoir une vraie écoute empathique (compréhension de coeur) sur ce que les actes de la personne m’ont fait et un « je regrette sincèrement », plutôt que de recevoir « excuse-moi » ou « pardon ».

Dans tous les cas, je trouve important, en tant que parent, de montrer l’exemple :

  • Est-ce que j’ai l’habitude de m’excuser avec lui quand je fais une erreur ? Si oui, par mimétisme, il l’apprendra également.
  • Est-ce que je cherche des manières alternatives de répondre au conflit (dans ma vie, avec la personne avec qui je vis, mes collègues, mes enfants etc)?

Si tu veux aller voir les superbes approches de gestion des conflits et monter en compétences, notamment dans les organisations (écoles, communautés), je t’invite à voir ces références :
Association Question de Justice
Transforming Conflicts – Belinda Hopkins
Cercles restauratifs – Dominic Barter (je suis fan de ce gars, tellement impressionnée et émue par ce qu’il a mis en place et son « aura » pour l’avoir rencontré !)

J’espère que cet article t’aura amené de nouvelles clés, tu peux le dire en commentaire 🙂

Si vous avez aimé l'article, que dites-vous de le partager ? ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :